source: "Wicca"

auteur: Viviane Crowley

traduction: Lunia / le petit peuple



Le deuxième aspect de la Déesse est la mère aimante. Elle est la Pleine Lune, le Paradis, la coupe, le Graal, la patrie, la Terre, la piscine emplie d'eau, la substance, la terre labourée, la corne d'abondance, la rose, le lotus, le cercle magique, le chaudron. Elle est la femme qui a connu la sexualité et qui porte la semence d'un homme en son sein. C'est le moment où la Déesse descend sur Terre. Dans cette phase, le concept de Hieros gamos*, le Mariage Sacré, se développe. Là, le rôle de l'homme est important ; il devient celui qui fertilise la femme et la terre et sans lui, elles resteront toutes deux stériles. La transition vers le deuxième aspect de la Triple Déesse est symbolisé par l'apparence de la fille de la Déesse. Déméter engendre Kore, aussi connue sous le nom de Perséphone. Les origines de Déméter résident dans la Grande Déesse Mère qui la créé seule, mais Kore est différente. Elle porte aussi un enfant, mais cet enfant a un père ; car Kore est mariée à Hadès, le Sombre Seigneur des Enfers. Dans la Wicca, le visage de Kore est assimilé à Aradia, la Déesse de la Terre, la fille du mariage frère/sœur de la Lune et du Soleil. Tels sont ses mots :


La Charge d'Aradia


Je suis Aradia, 

fille de la mer et fille du vent ; 

fille du Soleil, et fille de la Lune ; 

fille de l'aube et fille du crépuscule ; 

fille de la nuit, et fille des montagnes.

Et j'ai chanté la mélodie de la mer, 

et j'ai écouté les soupirs du vent ; 

J'ai écouté les secrets cachés du Soleil, 

et j'ai bu les larmes de la Lune ; 

J'ai vu la beauté de l'aube, 

et la peine de l'aurore ; 

J'ai couché dans la plus sombre des nuits, 

et j'ai vu la puissance des montagnes.

Car je suis plus forte que la mer, 

et plus libre que le vent ; 

Je suis plus brillante que le Soleil, 

et plus changeante que la Lune ; 

Je suis l'espoir de l'aube, et la paix du crépuscule ; 

Je suis plus mystérieuse que la nuit, et plus âgée que les montagnes, 

plus ancienne que le temps lui-même. 

Car je suis celle qui a été, celle qui est, et celle qui sera ; 

car je suis Aradia.


Aradia commence par être la fille. Elle est immanente à la création, le produit des forces de la nature et s'en va chercher l'expérience à travers le monde. Elle apprend le chant de la mer éternelle, la force de vie. Elle connaît la douleur, les soupirs du vent et la tristesse du crépuscule. Elle connaît l'obscurité de la peur et du désespoir, la sombre obscurité de la nuit. Finalement, elle vient aux montagnes, haut lieu qui transcende le monde de la matière. Dans la charge d'Aradia, nous avons une image de la Déesse qui a entrevu un Soi qui est en dehors du temps et de la matière et qui dure pour l'éternité, mais elle n'est pas encore ce Soi. Elle porte l'expérience de ce que Carl Jung appelle une renaissance partielle. Son Ego a été renforcé et renouvelé. Elle est en pleine réalisation de son pouvoir, avec une force qui lui vient d'une vérité, celle qu'elle est le noyau éternel qui ne mourra jamais. 


Cependant, elle peut se définir encore à travers les qualités des autres, en comparaison desquelles elle est plus forte, plus profonde, plus sauvage, plus mystérieuse et plus âgée. Elle se mesure elle-même à la critique extérieure, la critique imposée par les autres. Comme Aradia, Kore souffre de douleur et d'angoisse. Elle est dérobée du monde qu'elle connait et aime par les forces de l'obscurité. En expérimentant ces choses, toutefois, elle apprend les secrets de la vie et de la mort et finalement, elle mange la grenade, la semence d'Hadès. Comme le symbole sexuel nous le suggère, maintenant elle connaît la sexualité. Elle n'est plus la Vierge inaccessible, mais la femme qu'elle est réellement, une Reine en contact avec sa propre nature physique et son désir sexuel. Kore est une figure de seuil, de transition. D'abord, elle est l'aspect Vierge de la Déesse et ensuite l'Amante mais elle n'est jamais entièrement les deux. 


Pour trouver une vraie image de mère aimante chez la Déesse, nous devons nous tourner vers les Celtes et l'histoire de Maeve Reine du Connaught. Maeve est entrée dans la littérature anglaise par le « Songe d'une nuit d'été » de Shakespeare en tant que Mab, Reine des Fées. Cependant, ses origines remontent à l'Irlande Celtique pré-chrétienne. En tant que Reine d'un de ces anciens royaumes, elle menait les troupes dans la bataille et prétendait pouvoir s'occupait de 30 hommes par jour – sur le champ de bataille ou dans son lit. C'est l'image réelle de la féminité qui est cachée derrière le voile de la Vierge, l'image de la Reine. Elle n'est pas la Déesse qui fuit l'homme mais la Déesse qui l'invoque dans son lit pour la servir et la féconder. Cette Déesse ne cherche pas un adorateur lointain, un fils-amant, un puer aeternus, contraint de se tenir toujours à ses pieds. Ce que la Déesse cherche est un homme entier, qui a passé un accord avec les exigences du monde extérieur. La Wicca n'est pas une fuite de la réalité mais une mise à la terre. C'est l'ensemble du monde matériel et des réalités terrestres de la maturité sexuelle. Quel homme oserait désirer une femme dont la sexualité est plus forte que la sienne ? D'après Maeve, cet homme ne devrait jamais être égoïste, timide ou jaloux. Il devrait être aussi généreux et courageux qu'elle. C'est la femme qui a des attentes sexuelles, non la Vierge Céleste qui se contente de la seule adoration. Elle est la Déesse devant laquelle un homme peut échouer. Elle n'est pas la Déesse Isis du fils-amant. Elle n'est pas pour les princes mais seconde les rois. 


Jung écrit que le second de la Mère Terre est le Dieu phallique – le Dieu de la révélation – qui, dans la Wicca, est adoré en tant que Cernunnos. Pas étonnant que beaucoup d'hommes fuient ; car qui pourrait faire face à la chasseresse et qui ose prendre une part du Dieu de la révélation ? Mais le but de fuir en arrière est de mener le héros de la chasse à nettoyer la forêt, un lieu de réalisation le monde embrouillé de l'inconscience. Ici, à la lueur de la Pleine Lune, il est confronté à la beauté dénudée de la Déesse de la pleine lune. Elle est Isis Urania venue sur Terre et cherchant sa semence, alors elle se transforme de Vierge inaccessible de tous les vivants en Reine de la Terre comme du Paradis. La Mère-Aimante donne à la Déesse sa dualité, fille et mère, Demeter et Kore. Jung écris ceux-ci :


« Demeter et Kore, mère et fille, étendent leur conscience féminine vers le haut et vers le bas. Elles ajoutent une dimension plus ancienne et plus jeune, plus forte et plus faible à celle-ci et élargissent la limite de l'esprit conscient liée à l'espace et au temps, lui donnant l'annonce d'une personnalité meilleure et plus compréhensive, qui tient une place dans la course éternelle des choses. »


Demeter et Kore peuvent nous donner une annonce, une idée de ce qui est à venir. Pour une femme, la Déesse est une symbole de l’entièreté qui se trouve au-delà des limites de l'Ego. La Déesse est en définitive le Soi ; celle qui aspire et qui est l'essentiel de ce qu'elle est. Néanmoins, dans le but de trouver le Soi, nous devons d'abord avoir un fort Ego. C'est l'aspect de la déesse qui est représenté par la Mère-Aimante. Demaris Wehr, Professeur de Psychologie des Religions à l'Université de Boston, dans son livre « Jung and Feminism », écrit que de nombreuses femmes d'aujourd'hui ont leur Ego est miné par le peu de valeur que la société place dans la féminisme. L'acquisition du pouvoir Divin exclusivement par un Dieu masculin renforce l'oppression interne des femmes. Demaris Wehr croit que le sexisme est particulièrement dommageable aux femmes.


« C'est particulièrement blessant pour les femmes car les femmes sont les seules à se tenir hors de la définition de l'humanité entière... Parce que ceci est... renforcé constamment... dans la religion, la psychologie, la culture populaire – les femmes trouvent beaucoup de difficultés à affirmer leur statut d'adulte, leur responsabilité et leur autorité. »


Le sexisme empêche les hommes et femmes de devenir qui ils sont réellement car certains comportements sont en dehors du cadre qu'accepte la société pour le masculin et le féminin. Pour se sentir suffisamment en sécurité pour lâcher son emprise, l'Ego doit d'abord éprouver un sentiment de pouvoir et de contrôle. Dans la Wicca, les femmes apprennent la valeur du féminin et, quand c'est nécessaire, à cultiver et nourrir l'Ego dont on ne lui a pas enseigné la valeur. Une des choses les plus importantes que la Wicca enseigne aux femmes est le sens du contrôle pour sa propre destinée qu'elle n'aurait pas appris dans le monde extérieur. Dans le cercle magique, l'espace sacré est créé à nouveau lors de chaque rituel. C'est la femme qui a l'ultime pouvoir. Dans le rôle de prêtresse, une femme se prouve à elle-même son propre pouvoir spirituel et aux autres femmes le rôle nécessaire de la force de la féminité à laquelle elles peuvent aspirer. Quand elle a expérimenté ce sens du pouvoir, l'Ego d'une femme peut devenir fort et à partir de cette position de force, elle peut aller de l'avant. L'image des femmes offerte par la Wicca est une des plus intègre et forte. La prêtresse est perçue comme possédant des qualités traditionnellement monopolisées par les hommes : Parole, Pouvoir, Signification et Action. En s'appropriant ces qualités et en développant leur confiance en elles et un sens de l'identité de ce que doit être une femme, les femmes sont plus à même d'intégrer la société. Elles sont aussi plus aptes à créer des relations avec les hommes et de mieux comprendre le rôle que la femme peut jouer en aidant un homme à devenir un homme. Quand elle a expérimenté ce sens du pouvoir, l'Ego d'une femme peut devenir fort et dans cette position de force, elle peut aller de l'avant. Les légendes parlent souvent du voyage du héros, la quête héroïque. Cette quête se trouve dans de nombreux mythes et symboles de la mythologie païenne et ce sont les femmes et non seulement les hommes qui la font. Demaris Wehr souligne ceci :


« Les symboles ont des effets psychologiques et politiques, car il créent les conditions intérieurs... qui mène les gens à se sentir à l'aise pour accepter les arrangements sociaux et politiques qui correspondent au système des symboles. »


Dans la Wicca, les femmes apprennent à rejeter les croyances et les philosophies qui oppressent les femmes et à rechercher les rôles qui peuvent permettre à la totalité des êtres humains de se réaliser et non d'être seulement une partie des qualités intérieures. Une femme entre dans le cercle, le monde de l'inconscient, l'underworld, comme la Vierge et devient la Dame. Kore ou Perséphone représente l'Ego de la femme. Elle descend aux Enfers – elle est la fille de Déméter aux yeux sombres, l'épouse aux yeux de biche d'Hadès – mais cherche là sa destinée. Elle n'est plus la princesse Vierge mais la Reine des Enfers, tenant le sceptre du pouvoir. Dans la dualité de la Déesse, Kore et Déméter, une partie de la Déesse reste dans l'ombre. La lune est pleine mais n'a pas commencé à décliner. L'élément manquant fait allusion aux qualités de la Mère et la Fille. Dans les temples grecs, les sacrifices à Déméter n'étaient pas fait sur les autels qui étaient ouverts au Soleil. Ils étaient versés dans des puits qui allaient profondément dans la Terre et c'est aux Enfers que Kore trouva sa destinée. Les Enfers sont le royaume du triple aspect de la Déesse. Pour trouver le Soi, nous devons aller à l'encontre de la Sombre Mère. C'est la Grande Mère, l'Hag, qui détient la réponse à la personnalité la plus grande et la plus compréhensive.


*Hieros gamos : accouplement/mariage sacré