source: "Wicca"

auteur: Viviane Crowley

traduction: Lunia / le petit peuple


Dans la Wicca, le mot Vierge a une signification très différente de la définition usuelle. Ce n'est pas la Vierge non-sexuée mais Vierge dans le sens de la femme qui n'appartient et n'a besoin d'aucun homme. C'est l'aspect de la Déesse qui a émergé avant que les êtres humains ne soient conscients de la relation entre maternité et sexualité. C'est le stade où la femme seule est la créatrice et où le rôle de l'homme est sans importance. Le Dieu est son fils-amant mais il ne la féconde pas et il est dispensable. Un rituel wiccan utilise souvent des charges. Ce sont des morceaux de poésie ou prose rituelle par laquelle le prêtre ou la prêtresse parle au nom du Dieu ou de la Déesse. Les charges dans la Wicca ont fréquemment deux messages légèrement différents, un pour une femme l'autre pour un homme. Voici une charge qui parle à la femme de ce qu'elle peut devenir, non par soucis de l'homme, mais dans le but de se trouver Elle-même. Pour l'homme, il s'agit d'un message de l'Anima, sa féminité intérieure, sa Muse. Il parle de force et de créativité pour l'homme qui accède à ce que la féminité peut lui apporter.


Charge de la création

De haute lignée, emplie de sang et librement convoitée,

le vent est ma voix et mon chant,

grand et grave,

murmure et tourbillon,

doux et sucré,

fort et strident,

sauvage est ma volonté

et impétueux est mon désir.


Je prend ce que je veux :

aucun homme ne peux refuser mon amour et vivre.


Et celui à qui je me suis révélée

est un homme béni.

Il a gagné la faveur des Grands Dieux

et s'il est tenu de refuser la demande des Dieux

pour lui, les feuilles

sont soufflés par le vent.


Je suis votre Déesse ;

avant le début des temps j'étais là.

J'ai créé les montagnes et leurs pics

et planté l'herbe des vallées et des prairies.

Mon pied fut le premier à fouler la Terre,

où j'ai marché les fleurs jaillissent,

et de ma voix naquit le premier chant,

et les oiseaux m'entendent et me répondent.

A l'aube du monde, j'ai appris à la mer son chant,

et mes larmes donnèrent naissance aux premières pluies.


Écoutez et entendez moi ;

car personne ne peut m'ignorer.

Je vous ai donné naissance,

et dans les profondeurs de la terre,

Vous trouverez repos et renaissance,

Vous rejaillirez en moi

en une fraiche verdure.


Craignez moi,

aimez moi,

adorez moi,

perdez vous en moi.

Je suis le vin de la vie,

J'aiguise les sens,

Je souffle le chant dans le cœur et sur les lèvres des hommes ;

Avant la bataille j'offre ma force,

Je suis le Pouvoir.

Dans la Charge de la Création, la Déesse parle en tant que créatrice de la Terre, comme l'inspiratrice, comme la naissance et la mort, le début et la fin, le premier et le dernier Dieu de ce monde. Pour une femme, la charge signifie : Vous êtes la créatrice, vous n'avez besoin de personne d'autre. Pour un homme, cela signifie : Je suis le Créateur, vous avez besoin de moi. La société apprend à la femme la dépendance et à l'homme l'indépendance. Pour connaître l'intégralité, vous devez apprendre son opposé. Pour un homme, la Déesse est l'Anima, cette figure tout-puissante, effrayante et belle qui l'invite à travers le portail de son inconscient à faire le voyage héroïque dans le psychisme pour trouver le Graal, sa propre essence Divine. Lors de notre célébration de l'Équinoxe de Printemps, le prêtre invoque Diana la chasseuse des Bois :


Dame du mot de pouvoir, qui fait fuir les ombres.


Cet aspect de la Déesse est fréquemment appelé Isis Urania. Elle est transcendante, préexistante à la création matérielle et au temps lui-même. Elle est l'inspiratrice de l'homme mais il n'est rien pour elle. Il est la feuille soufflée par le vent. Elle est inatteignable et le seul rôle de l'homme est de l'adorer, la vénérer et de recevoir les cadeaux qu'elle décide de leur accorder. Jung croyait que Urania était l'image de la mère prédominant dans la psychologie masculine :


… l'homme identifié au fils-amant sur qui la grâce de Sophia est descendue, le puer aeternus* ou le filius sapientiae.


Il est vrai que beaucoup d'hommes séparent la Reine du Paradis de la Reine de la Terre. Nous avons tendance à aimer ce qui est le plus beau et sous la surface il existe toujours la jeune femme dans la fleur de sa féminité. Elle est la jeune femme qui n'appartient pas à un homme, mais qui l'incite à la poursuivre, à la chasser, pour la faire sienne. Lors de l'Équinoxe de Printemps, on utilise la charge suivante :


Charge de la Déesse du printemps

Entendez maintenant les mots de Diane la Lune,

la Vierge Brillante,

Changeante mais inchangée,

mon mystère est irréfutable,

mais vous résoudrez ce mystère.

Ma nature n'est pas connue,

mais efforcez vous de me comprendre.

Obscurité et lumière sont réunies en moi.

Je fuis loin de toi, mais te leurre ;

Je te cherche, mais cache mon visage ;

Je te parle, mais mes mots sont silencieux.


Pour certains hommes, l'attrait de la chasse et le bref moment de conquête marquent la fin. Après avoir capturé l'étoile, avoir apporté la Reine du Paradis sur Terre, l'homme ne veut plus d'elle. Face à face elle semble si ordinaire. Elle est l'inaccessible désir. Le puer aeternus* ou l'éternel jeune est le Peter Pan qui a décidé de ne jamais grandir et de ne jamais faire face aux conséquences de sa propre sexualité. C'est le syndrome de Don Juan où l'homme ne peut s'accoupler avec une vraie femme ; pour aussi longtemps qu'il la possède, il la méprise. Il cherche la promesse de la Déesse et non ses accomplissements. Si un homme trouve sa propre Divinité, il peut cesser d'être le fils, et devenir le mari et le père, non Peter Pan mais Pan le Seigneur Phallique ; car c'est à travers l'accouplement avec la Déesse qu'un homme devient un Dieu et un Roi.

  • puer aeternus : enfant intérieur