"The Children of Lir"
  texte de Mara Freeman / chalicecenter.net
  traduction: Lunia / lepetitpeuple.fr

Il y a longtemps, quand les hauts Dieux et les Déesses connues comme les Tuatha de Danaan vivaient en Irlande, avant que l'on ne les conduisent dans les collines creuses pour devenir les gens de féerie, il existait un grand roi dont le nom était Lir. Et ce roi Lir avait quatre charmants enfants - Fionnuala, Conn, Fiacra et Aodh. Fionnuala était l'aînée et était aussi juste que le jeune sorbier; ses frères Fiacra et Conn étaient rapides et forts comme l'eau qui courre et Aodh était un jeune garçon aux yeux brillants. Chacun dans la cour de Lir, sur la Colline du Domaine Blanc, les aimaient - excepté leur belle-mère, Aoifa, qui était jalouse de l'amour de leur père pour eux. Et sa haine les a poursuivis comme le loup poursuit le faon.

Un jour, elle les emmena dans son char au lac de Darvra pour se baigner dans les eaux. Mais comme ils jouaient sur le bord du rivage, riant et s'éclaboussant, attrapant les arc-en-ciel de brume et de lumière entre leurs doigts, elle les frappa avec une baguette d'enchantement et les transforma en quatre cygnes blancs.

"Vous nagerez sur ce lac pendant trois cents ans," dit-elle, "puis trois cents ans sur la mer étroite de Moyle et trois cents ans dans les îles de la Mer Occidentale. Je vous accorderais, seulement, que vous ayez toujours des voix humaines et il n'y aura aucune musique dans le monde plus agréable que la vôtre. Vous resterez ainsi jusqu'à ce qu'un druide avec une couronne vienne sur les mers et que vous entendiez le son d'une petite cloche."

Les cygnes étendirent leurs ailes et s'élevèrent dans le ciel, tournant autour du lac et, comme ils volaient, ils chantaient leur peine de leurs voix d'enfants humains. Quand le roi a découvert ce qui était arrivé, il banni Aoifa de sa cour pour toujours et il alla, rapide comme le vent, au lac pour appeler ses enfants. "Venez Fionnuala, venez Conn, venez Aodh, venez Fiacra!" Et là ils arrivèrent, volant au-dessus du lac, quatre cygnes blancs qui se réunirent tristement autour du roi, à genoux au bord de l'eau.

Le roi Lir dit à travers ses larmes, "je ne peux pas vous redonner vos formes avant que le charme ne prenne fin, mais venez avec moi à la maison qui est mienne et vôtre, chers enfants blancs de mon coeur."

Mais le cygne Fiacra dit, "Nous ne pouvons pas franchir votre seuil, car nous avons les coeurs de cygnes sauvages. Nous devons voler dans le crépuscule et sentir la vague se faufiler au-dessous de nous. Seulement nos voix sont celles des enfants que vous connaissiez et les chansons que vous nous avez apprises - c'est tout. Les couronnes d'or sont rouges dans la lueur du feu, mais plus rouge est l'aube sur l'eau."

Le roi étendit sa main pour les toucher, mais les cygnes s'élevèrent dans l'air et leurs voix se perdirent dans le son des battements d'ailes.

Trois cents ans ils volèrent sur le Lac Darvra et nagèrent sur ses eaux. Plusieurs vinrent écouter leur chant, leurs chansons apportant la joie à ceux dans la peine et apaisant le malade pour s'endormir. Mais quand trois cents ans se furent écouler, les cygnes s'envolèrent soudainement jusqu'au détroit de Moyle qui coule entre l'Ecosse et l'Irlande. Une mer froide, orageuse et solitaire, s'y trouvait. Les cygnes n'avaient personne pour écouter leurs chansons et pas le coeur pour chanter la mer. Alors un hiver, une grande tempête se précipita sur eux et les dispersa loin dans la nuit sombre et impitoyable.

Dans le matin pâle, Fionnuala alla en haut du Carraig-na-Ron, la Roche des Phoques. Ses plumes furent cassées et elle se lamenta longtemps pour ses frères, craignant de ne jamais les revoir. Mais elle vit enfin que Conn s'avançait en boîtant vers elle, ses plumes trempées ainsi que Fiacra, fatigué et faible, incapable d'articuler un mot dans le froid. Son coeur les accueillit avec joie et elle abrita Conn sous son aile droite et Fiacra sous son aile gauche.

"Maintenant," dit Fionnuala, "si seulement Aodh arrivait, nous serions heureux." Et comme la première étoile du berger s'élevait dans le ciel, ils aperçurent un petit cygne, qui était Aodh, luttant vaillamment sur les vagues et s'avançant vers eux. Fionnuala le tint près de sa poitrine. Comme ils se serraient les uns contre les autres, l'eau gelait sous leurs pieds et atteignait la roche.

Le matin ils allèrent vers l'ouest vers l'île de Glora en Mer Occidentale et s'installèrent sur le Lac aux Oiseaux et y restèrent encore trois cents ans. Alors, enfin, les Enfants de Lir montèrent en flèche vers la maison du Domaine Blanc - mais ils trouvèrent tout désolé et vide, avec des demeures sans toit et des forêts d'orties : aucune maison, aucun feu, aucun âtre. Les troupes de chiens étaient enfuies, les halls allumés vides de chansons. Et c'était la pire des peine fut de voir que personne qu'ils n'avaient connus ne vivait dans la maison où ils étaient nés. Ils se reposèrent la nuit en ce lieu désolé, chantant très doucement la musique suave du sidhe.

À l'aube ils retpournèrent sur l'île au temps où Saint Patrick était entré en Irlande pour étendre la foi du Christ. Un de ses disciples, Saint Kemoc, avait construit une petite église sur le rivage du lac dans l'Île de Glora. Au point du jour, le saint se leva de son lit de bruyère, enveloppant sa robe brune grossière autour de lui pour ne laisser entrer le froid et sonna les matines. De l'autre côté de l'île, les cygnes tendirent leurs cous dans la crainte.

"Quel est ce son affreux que nous entendons ?" dirent les frères.

Fionnuala dit, "c'est le son de la cloche de Kemoc et bientôt notre enchantement prendra fin."

Ils commencèrent à chanter de bon coeur par des notes sucrées de la musique de féerie lancée à travers le lac et dans les murs de roseau. St. Kemoc arriva avec étonnement et descendit au bord du rivage, les vit, éclairé par le soleil du matin : quatre cygnes blancs chantant avec des voix d'enfants! Ils étaient venus se reposer aux pieds du saint, lui ont narré leur histoire et il les amena à sa petite église. Chaque jour ils entendraient la Messe avec lui, étant assis sur l'autel. Leur beauté réjouit son coeur et le coeur des cygnes était en paix.

Un jour Fionnuala demanda au saint de les baptiser, mais à peine avaient-ils touché l'eau sainte que leurs plumes se dissipèrent et à leur place se tenait debout trois hommes âgés, fanés, maigres et une vieille femme fanée et mince. Dans un chuchotement forcé, la femme qui était Fionnuala dit :

"Enterrez-nous, ecclésiastique, dans une tombe. Mettez Conn à ma gauche et Fiacra à ma droite et sur ma poitrine Aodh, mon petit frère."

Donc ils furent enterrés, un cairn fut dréssé sur eux et leurs noms écrits dans les Oghams. Ici s'arrête le destin des Enfants de Lir.

Mais il est dit, que par jours venteux à l'ouest de l'Irlande, par le rivage du lac ou la bordure océanique, vous pouvez parfois entendre chanter des voix d'enfant dans l'air, chantant plus tendrement que vous ne l'avez jamais entendu, pendant qu'ils jouent avec leur père dans la maison du Summerland béni.