Histoire des Rois et Ducs de Bretagne 

Prudence-Guillaume de Roujoux, 1828


Introduction


Malgré l'abandon des anciennes coutumes, on peut encore dicerner en France des restes de moeurs gauloises, derniers dépositaires du langage et des souvenirs des Celtes. Les Gaules, envahies par les romains, ont adoptés les usages et le langage des vainqueurs. Les autels de Jupiter et Vesta remplacèrent ceux de Teutatès ou Belen et disparurent progressivement devant « le vieillard qui annonçait l'unité d'un Dieu de la Paix et l'égalité des hommes au pied de la croix de Jésus-Christ ». Les peuples guerriers fuyaient le Nord, remplaçant les Romains désunis ou dégénérés. Elles se partagèrent les Gaules et portèrent une dernière atteinte aux restes du polythéisme.


La Bretagne armoricaine n'eut pas la même destinée et ne céda que la dernière. Mais les bretons continuèrent à porter des offrandes aux prêtresses de l'île de Sène, aux vieillards des îles Nésiades et de la forêt de Brocéliande.


Le combat entre la religion de Jésus-Christ et celle des Druides fut immédiat et de longue durée et laissa indécis un peuple ignorant et superstitieux. Les Druides ayant confié l'histoire de l'Armorique à la mémoire des Bardes, celle-ci s'évanouit avec le dernier des admirateurs de Hy-ar-bras. Il n'en est resté que des fait isolé, souvent dénaturés et noyés dans un océan de fables.


Au fil des siècles, les historiens ayant souhaité relater une des périodes les plus intéréssantes de l'histoire ont souvent connus des obstacles de la part du trône de France. La Bretagne, apportée en dot aux rois de France par les mariages de la duchesse Anne avec Charles VIII et Louis XII et par celui de madame Claude avec François Ier, avait conservée des privilèges et droits dont l'Etat chercher à montrer qu'elle n'avait jamais formée en état indépendant.


La France auraient des origines qui remonteraient aux fils d'Hector, rescapé du désastre de Troie. La Bretagne ainsi que l'Angleterre furent peuplées par un descendant du pieux Enée.


La Bretagne armoricaine, ou la Péninsule occidentale de la Gaule celtique, se composait jadis de six cantons principaux dont les peuples avaient une même origine, parlaient le même langage mais administrés par des gouvernements distincts. Chez les romains, ces peuples étaient nommés Diablinthes, Rhedones, Nannètes, Curiosolites, Venètes et Ossismiens. Ces territoires étaient divisés en districts. L'établissement des évêchés et l'établissement du christiannisme formèrent des diocèses et déplacèrent les limites des anciens districts.


La grande absence d'historiens aussi le spublications les plus extravagantes parurent : la Bretagne devait son nom à la conquète de Conan Mériadech, qu'une ville nommé Britannica existait déjà du temps de Scipion l'africain...


Les origines Le pieux Enée laissa le trône à Ascagne qui lui-même le laissa à son frère Sylvius. On prédit au fils d'Ascagne, nommé Brutus, une destinée funeste. En effet, ce dernier tua son père accidentellement et dû s'enfuir en Grèce où les Troyens prisonniers en firent leur chef. Il implora Pandrase de leur rendre leur liberté et de les laisser habiter les cantons où ils s'étaient réfugiés. Pandrase livra bataille mais fut mis en échec. Le chef Brutus et ses compagnons, de nouveau libres, cherchèrent une terre propice. La Déesse Diane leur montra une île occidentale. Ils débarquèrent donc à Ratiate (aujourd'hui nommée Retz, près de Saint-Nazaire) et s'y installèrent. Nous sommes alors en 836 av. J-C. Les anciens habitants de ces terres leurs livrèrent bataille et les Troyens les poursuivirent jusqu'au lieu de la ville actuelle de Tours. Brutus et les Troyens redescendirent la Loire jusqu'à l'extrémité de l'Armorique péninsulaire où certains Troyens s'installèrent et donnèrent à la contrée le nom de Britannia.


Brutus, à la volonté des Dieux, remonta sur son vaisseau déterminé à trouver l'île que lui indiquaient les Dieux. Au bout de deux jours, il la trouva enfin et accosta au port de Totonésie, l'actuelle Totness, bourg du comté de Devon. La conquète ne demanda que peu d'efforts et Brutus édifia sur les bords de la Tamise Troye-nouvelle, devenue Londres.


[Je passe ici la succession de rois et de batailles qui durèrent de nombreux siècles. Je reprandrais au prochain chapitre à partir de la guerre des Gaules.]


Vers 58 av. J-C. A partir de la période nommée 'conquète des Gaules, l'histoire de la petite et de la Grande Bretagne se sépare. Les Bretons entrèrent dans une lutte sanglante mais Jules César parvint, après avoir rencontré une longue résistance, à pacifier les Gaules. L'Armorique péninsulaire devient alors le dernier bastion de résistance pour des hommes épris de liberté. César renforça d'abord les territoires qu'il avait conquis afin que ces peuples ne rallient pas l'Armorique. Ce qui soulevait la passion et l'ardeur des Armoricains était le fait que les Romains se faisaient accompagner de brigands dont la seule préoccupation était le pillage, le meurtre et l'incendie. Après de longues batailles inachevées, un peuple entier tomba en un seul jour. Le sort de l'Armorique était désormais entre les mains des Romains et beaucoup de bretons préférèrent la mort aux fers.


La supposée aide de la grande Bretagne à l'appel des Armoricains servit de prétexte de guerre pour Jules César. En l'an 54 av. J-C, Cassibellan, roi de la grande Bretagne, crut la victoire acquise mais son armée fut finalement divisé et il fut condamné à payer un tribut annuel aux romains. A la mort de Cassibellan, la grande Bretagne ne tenta plus que des efforts partiels pour se défaire au joug romain. Les provinces furent alors gouvernées par des princes romains qui prenaient les titres de rois ou de ducs.


An 381 après J-C Conan Mériadech, neveu du dernier gouverneur de grande Bretagne, fut le dernier héritier de cette lignée. Un débat fit rage et Caradoc, duc de Cornouailles, suggéra de choisir Maxime, cousin et général romain, qui avait montré des aptitudes et qui avait dans les veines du sang royal de Bretagne et du sang romain. Maxime devint donc héritier de la couronne. Conan se réfugia en Albanie, où après avoir rallié une armée, déclara la guerre à Maxime. Les batailles furent longues et Maxime offrit à Conan en gage de paix une partie de l'empire à conquérir. Conan accepta. Maxime accéda finalement au pouvoir.


[Les histoires concernant la façon dont il a obtenu la couronne diffèrent, aussi je vous les épargne.]


Livre Premier: Conan Mériadech (383-421)


En Orient, le trône était occupé par Théodose. Gratien portait le sceptre de l’Occident lorsque Maximus Magnus, général romain, quitta les rivages de Grande-Bretagne. Pendant cinq, ans, il conquit de nombreuses terres et l’Histoire lui donna le titre de tyran. Parmi ses plus grandes espérances, il y avait l’armée de Conan Meriadech (ou Murdoch). Maxime était l’époux de l’héritière d’un royaume breton, parente de Conan. Maxime aspirait à intégrer ce peuple sauvage à ses légions romaines. C’est ainsi qu’il avait intégré Conan Meriadech à son armée, lui confiant projets et l’emmena avec lui au hâvre d’Occismor, l’actuel Saint-Pol de Léon. A cet endroit, il savait que les peuples ne souhaitaient qu’une chose: se débarasser des étrangers. « Maxime était né chrétien mais si l ambition est parfois superstitieuse, elle est le plus souvent athée.». Bien que l’évangile soit preché dans ces terres, la religion des Druides paraissait encore toute-puissante. Maxime était décidé à soutenir l’une ou l’autre des religions, en fonction de l’appui qu’elles lui apporteraient. Le polythéisme semblait s’effacer de jour en jour, aussi Maxime se trouva-t-il disposé à les sacrifier.


Conan Meriadech fit d’abord le siège d’Occismor qui se rendit rapidement. Son nom envahit alors les garnisons. Contrairement à Théodose et Gratien, Maxime leur apportait la fortune; les garnisons lui cédèrent donc toutes les places fortes. Contre la révolte des légions brittaniques, Gratien réunit ses légions pour leur faire face. Les deux armées s’affrontèrent à Guy-d’Aleth, entre Rennes et Saint-Malo. Maxime l’emporta et les survivants vinrent grossirent son armée. La victoire était principalement due à l’intervention de l’armée de Conan Meriadech, aussi Maxime lui offrit-il les terres conquises.


Le lendemain, ils firent le siège de Rennes, qui se rendit rapidement. La ville fut confiée à Conan tandis que Maxime marchait vers Nantes qu’il prit en quelques jours. Partout, il était accueillit comme le libérateur et favorisait le culte des Chrétiens, utiles dans sa politique. Il fermait les yeux sur les persécutions infligées aux partisans du druidisme. Nantes devint son lieu de résidence.


Maxime craignait que les hommes de Conan ne voulurent retourner sur leur île, aussi se hâta-t-il de couronner Conan. Les terres qui lui avaient été offertes comprennaient la Bretagne, une partie de l’Anjou, du Poitou de la Tourraine et du Berri.


Gratien envoya des armées arrêter la progression de Maxime mais beaucoup de ces hommes vinrent grossirent les rangs de l’armée annemie. Gratien se réfugia à Lyon où il fut assassiné par Andragaste. Maxime prit les rênes du gouvernement abandonné et Théodose lui donna le titre d’Empereur légitimé part sa victoire.


Conan, de son côté, pacifia en peu de temps la péninsule et conquit les terres des Gaulois armoricains. Il fit fortifier les principaux hâvres de la côte pour les protéger des pirates. Il parcourut alors chaque ville de son territoire, en particulier Vannes, peuplée d’hommes instruits, philosophes et poètes. Beaucoup étaient des bardes attachés aux Druides. Il les engagea à se convertir à la foi chrétienne. Il retourna ensuite à Nantes dont il fit sa résidence principale. Après deux ans d’études, il fixa lois et ordonnances. L’Armorique bretonne était libre, divisée en cantons administrés par des magistrats élus par le peuple. Des députés se réunissaient tous les ans pour gérer les interets de chaque canton. Trois communautés y étaient représentaient: le peuple, la noblesse et les collèges de Druides. Conan rétablit une partie des anciennes lois qui avaient été abolies par le joug romain. Il distribua des titres (conte, duc) et des terres. Contre toute attente, des querelles s’élevèrent.


Dionote gouvernait le royaume de Dionovante, succédant à son frère Caradoc. Conan, qui avait perdu sa femme, lui demanda la main de sa fille Ursule «qui surpasse en beauté les pucelles de Bretagne» ainsi que des femmes de compagnie pour elle. Dionote accepta et les dames embarquèrent. Leur bateau fut envahit par les flots et elles se retrouvèrent sur les rives de la Hollande, près de l’embouchure du Rhin. Elles tombèrent aux mains des Pictes et des Huns qui les massacrèrent. L’église éleva Ursule au rang de Sainte. Conan offrit quelques mois plus tard sa main à Daréréa, soeur de Saint-Patrice.


Maxime pendant ce temps, avait soumis les Allemands et se rendit en Italie, prétextant délivrer les chrétiens des persécutions de Justine. Il envahit rapidement le pays mais Théodose et son armée lui administrèrent deux défaites. Maxime fut livré à Théodose et massacré.


Conan fit alors le projet difficile de renverser à jamais polythéisme et druidisme. La foi chrétienne était prêchée dès l’année 67 par Saint Maximin, disciple de l’apôtre Philippe. Les druides croyaient voir dans ces principes chrétiens des dogmes qui se rapprochaient de la simplicité des leurs, aussi ils les tolérèrent. A Nantes se trouvait un temple dédié à Janus. Il fut renversé par deux frères, fils du préfet de Nantes. Ils furent tués mais leur mort entraîna de nombreux esprits à se convertir au christianisme. Les Bretons ne se rapellaient qu’avec terreur les mystères des forêts druidiques où les romains dénonçaient des sacrifices sanglants. Les deux plus célèbres collèges de druides étaient situés dans l’île de Calonèse et dans celle d’Uxantis. Le troisième était situé dans l’île de Sena mais uniquement réservé aux prêtresses. Les Druides se réunissaient parfois à Carnac. Là, les prêtresses de l’île de Sène, vétues de blanc et la tête ornée d’une couronne de verveine, la faucille sacrée pendue à leur ceinture d’or, pieds nus, apportaient le Sélage*, qu’elles avaient cueilli au sixième jour de la Lune. Le voile qui contenait la plante était dépose dans une arche d’or portée par deux taureaux liés par les cornes. Les Bardes contaient les récits des princes et des guerriers. Le reste des paroles prononcées par le grand chef des Druides restait un mystère aux yeux des profanes. En mémoire de cette fête, une pierre ou un rocher était élevé au sol. La tradition veut que, dans les temps anciens, au retour des vaisseaux armoricains, les Druides se réunissaient pour rendre grâce que le voyage se soit bien passé et le chef du navire érigeait une de ces pierres immenses qui ont bravé les cercles. Les voyages avaient céssé avec la perte de son indépendance mais les Druides continuaient à augmenter chaque année le nombre de ces pierres du souvenir. On en compte près de 4000 dans la plaine de Carnac. Certains étaient composés de pierres surélevées surmontées d’une pierre plate. Elles servaient de tribunes aux druides pour s’adresser aux disciples. D’autres étaient en forme de pyramide et servaient de point de ralliement journalier à l’auditoire. C’était toujours la tombe d’un homme cher à la patrie.


Il ne restait de leur enseignement que les prégoratives que les romains n’avaient pu leur disputer: le respect des peuples, une réputation de vertus et d’austérité, une instruction des sciences exactes et des connaissances médicinales attribuées à une puissance magique. De plus, l’éducation publique leur était totalement abandonnée. Les édits romains sur la fermeture des temples païens étaient restés sans application. Cet état de fait avait longtemps laissé les Druides dans l’ombre, dont ils se gardaient bien de sortir. Sous le joug romain, ils avaient déguisé leur culte.


Conan résolut donc de se placer sous l’égide du clergé catholique. Il introduisit les prêtres chrétiens à l’élection des députés, comme le grand chef des Druides. Les prêtresses de l’île de Sène demandèrent le même privilège qui leur fut accordé. Conan influençant les votes, tous les prêtres chrétiens de Bretagne furent nommés pour représenter les opinions religieuses. Les Druides furent réduits à quelques chefs de communauté.


Lors des états-généraux, les Druides furent introduits après les prêtres catholiques. Le chef druidique, Eal-hirr-bad (l’éternel génie), était vétu «d une tunique de laine blanche d une extrême finesse sa ceinture était d or et il portait des bracelets du même métal une couronne de chêne ceignait sa tête vénérable de longs cheveux blancs retombaient sur ses épaules et leurs agneaux venaient se mêler à la barbe argentée qui couvrait sa poitrine il avait les pieds nus et cachait modestement ses mains sous les plis d un manteau de même étoffe que sa tunique.» Les neuf vierges de l’île de Sène parurent les dernières. ''«Uhel deda la grande prêtresse couronnée de verveine une faucille d or à la main parée comme le chef des Druides de la ceinture des bracelets d or s avança suivie de ses huit compagnes dont quatre portaient avec respect l arche précieuse qui contenait le gui sacré. Leurs vêtemeus étaient blancs et leurs voiles d un tissu transparent et léger rejetés avec grâce sur leurs épaules laissaient apercevoir des charmes qui pour la première fois se trouvaient exposés à des regards profanes.» «Les Druides forcés de prendre part à des délibérations qui leur étaient si étrangères virent avec douleur que leur règne était passé Ils tentèrent de vains efforts pour soustraire leurs partisans à la juridiction des chrétiens.»'' Ce fut là le procès des druides et des prêtresses. La grande prêtresse, indignée, réduisit le Sélage* en poussière et versa l’eau lustrale sur le sol «Sortez, dit Conan aux Druides, la patrie vous rejette je vous retire ma protection. J ai trop longtemps balancé entre des intérets humains et ceux du dieu que je sers.» Les Druides et les prêtresses se retirèrent. L’instruction publique fut confiée aux prêtres chrétiens.


Beaucoup de druides quittèrent alors les cavernes de Hy-ar-bras pour les temples de Jésus. Seules les prêtresses de Sène bravèrent la puissance de Conan. «Le vase étrange que les Druidesses nommaient la fontaine Azeuladour ou du Sacrifice avait été placé sur un autel cubique et toutes les nuits à la clarté de la lune elles accomplissaient des rites mystérieux.» Un terrible orage survint balayant tout cité et habitation proche des côtes. On accusa les prêtresses et on prononça leur arrêt de mort. Conan envoya une légion sur l’île qui massacra bardes, Druides et Prêtresses et incendia le bois sacré. Peu de jours plus tard, Conan fut prit d’une violente fièvre et mourut. Il fut inhumé à Saint-Pol-de-Léon. La généalogie de la reine Anne, deux fois reine de France, prend sa source ici.


  • Sélage = pulsatille, plante sacrée comme le gui